Fraternité Saint-Pie X : visites de prélats (2e édition)

2013-03-18 Mgr Schneider rencontre des chefs religieux au KazakhstanTélécharger : Fraternité Saint-Pie X : visites de prélats

Le 23 septembre 2014, faisant suite à la rencontre entre le cardinal Müller et Mgr Fellay qui avait eu lieu le jour même, le Vatican publiait le communiqué suivant :

Les parties […] ont convenu de procéder par paliers, mais dans un délai raisonnable, vers le dépassement des difficultés. Et ce, dans la perspective désirée d’une pleine réconciliation.

Quels sont ces paliers ? DICI n° 302 du 10 octobre 2014 semble répondre à la question :

Il avait été décidé de poursuivre les entretiens doctrinaux « dans un cadre élargi et moins formel que celui des précédents entretiens ».

Rome a laissé à Mgr Fellay le choix des lieux et des interlocuteurs.

Le cardinal Brandmüller et Mgr Schneider

— Le cardinal Walter Brandmüller

Âgé de 86 ans, le cardinal Brandmüller a été président du Comité pontifical des sciences historiques de 1998 à 2009. Avec les cardinaux Müller, Burke, Caffara, et de Paolis, il est co-signataire du livre Demeurer dans la vérité du Christ, s’opposant à la communion donnée aux divorcés remariés.

Il est un fervent disciple du dernier pape. Sa pensée se trouve exposée dans l’ouvrage Les clefs de Benoît XVI pour l’interprétation de Vatican II [1]. On y lit, en particulier :

La Fraternité Saint-Pie X et les vieux catholiques qui ont rejeté l’enseignement de Vatican I sur l’infaillibilité papale ont en commun le rejet des développements légitimes de la doctrine et de la vie de l’Église.

Le 21 mai 2012, lors de la présentation de son livre à la presse, le cardinal confiait à Radio Vatican :

Dignitatis Humanae et Nostra Ætate n’obligent pas sur le plan doctrinal. Je ne comprends pas pourquoi nos amis de la Fraternité Saint-Pie X se concentrent presque exclusivement sur ces deux textes. Je regrette qu’ils le fassent parce que ce sont les deux textes les plus faciles à accepter si nous considérons leur nature canonique.

Ne faudrait-il pas rappeler comment ces textes résultèrent d’accords secrets avec la franc-maçonnerie, quelles luttes il y eut pour les faire passer, et ensuite leurs conséquences désastreuses : disparition des États catholiques pour le premier, judaïsation de l’Église pour le second ?

DICI n° 307, du 19 décembre 2014, a annoncé qu’une rencontre a eu lieu le 5 décembre 2014 au séminaire de Zaitzkofen entre le prélat allemand et Mgr Fellay accompagné de plusieurs prêtres.

 

— Mgr Athanasius Schneider

Âgé de 53 ans, Mgr Schneider est évêque auxiliaire de Karaganda au Kazakhstan depuis le 5 février 2011.

Reprenant le jugement de Sandro Magister, vaticaniste reconnu, L’Homme Nouveau n° 1500 le considère comme « le meilleur élève de Benoît XVI ». Au symposium Reunicatho tenu à Paris en janvier 2014, Mgr Schneider fit d’ailleurs un vibrant appel à un renouveau dans le sillage de Benoît XVI. Dans différentes interventions, il a fait connaître son avis sur les principaux points en débat aujourd’hui.

* Le Concile :

C’est le concile Vatican II qui a élargi la compréhension du mystère de l’Église selon l’enseignement des Pères de l’Église […] en précisant : « L’Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint » (Lumen Gentium 4) [2].

Voici ce que Mgr Lefebvre pensait de cette nouvelle ecclésiologie :

Il y a une nouvelle ecclésiologie, c’est clair. […] A mon avis, c’est d’une gravité exceptionnelle : rien que de pouvoir dire qu’il puisse y avoir une nouvelle ecclésiologie. L’Église, ce n’est pas nous qui la faisons, ce n’est pas nous qui l’avons faite, ce n’est ni le pape, ni les évêques, ni l’histoire, ni les conciles. Elle a été faite par Notre-Seigneur. […] Cela ne dépend pas de nous. Alors, comment dire tout à coup : « Maintenant, depuis Vatican II,il y a une nouvelle ecclésiologie ». C’est invraisemblable [3].

* L’œcuménisme :

L’œcuménisme est nécessaire pour être en contact avec nos frères séparés, pour les aimer. Au sein du défi posé par le nouveau paganisme, nous pouvons et nous devons collaborer avec des non-catholiques sérieux pour défendre la vérité divine révélée [qu’ils rejettent !] et la loi naturelle créée par Dieu [qu’ils ne pratiquent pas !] [4].

Mgr Schneider pratique d’ailleurs un œcuménisme très actif au Kazakhstan, comme le montre la photographie ci-dessous publiée sur le site du gouvernement canadien, prise le 18 mars 2013 lors d’une rencontre œcuménique à l’ambassade du Canada à Astana, réunissant les « dirigeants religieux » kazakhs : catholique, orthodoxe, protestant, juif.

Le 5 juillet 2009, le journal La Croix avait publié cette réflexion de Mgr Schneider lors d’une rencontre interreligieuse à Astana : « Tout ce qui peut aider à la connaissance et à l’estime réciproque entre religions est une bonne chose ». Il faut savoir qu’à Astana se déroule chaque année un « parlement des religions ».

* Le pape François :

Dans le même entretien du 30 mai 2014 à la Latin Mass Society, s’exprimant sur le pape François après un an de pontificat, Mgr Schneider disait :

Rendons grâces à Dieu, le pape François ne s’est pas exprimé de la manière qu’attendaient les médias. Jusqu’à maintenant, il a exprimé dans ses homélies officielles une très belle doctrine catholique.

Mgr Schneider devrait lire l’étude faite deux mois auparavant par Alexandre-Marie publiée par Les Éditions du Sel, et diffusée également par Clovis : L’étrange pontificat du pape François. On y voit la pensée du pape sur l’Islam, le judaïsme, la laïcité de l’État, l’homosexualité et même la franc-maçonnerie, bien éloignée – c’est peu dire – de la « belle doctrine catholique ».

* La réforme liturgique :

Dans son ouvrage Corpus Christi [5], largement diffusé par les milieux ralliés, Mgr Schneider voit plutôt le cœur de la crise actuelle dans le manque de respect dans la distribution de la communion :

La blessure la plus profonde de la crise actuelle de l’Église est la blessure eucharistique, les abus au Saint-Sacrement.

Cet aspect est, certes, extrêmement grave. Cependant la communion dans la main n’est-elle pas la conséquence de la nouvelle messe de Paul VI ? Mgr Schneider ne la remet aucunement en question. Il pense même – mais comme Benoît XVI son maître – que la nouvelle messe doit enrichir la liturgie traditionnelle :

L’introduction de quelques préfaces du nouveau missel serait une initiative belle et utile, ainsi que l’introduction de nouveaux saints dans le calendrier liturgique traditionnel [6] (mère Teresa, Jean-Paul II ?)

Ajoutons ici que la messe n’est elle-même qu’un des aspects de la révolution conciliaire dont le plus grave est le découronnement de Notre-Seigneur. Il faut toujours y revenir car c’est le cœur de notre combat, comme le disait Mgr Lefebvre :

Voilà ce qui fait notre opposition [à la Rome actuelle], et c’est pourquoi l’on ne peut pas s’entendre. Ce n’est pas d’abord la question de la messe, car la messe est justement une des conséquences du fait qu’on a voulu se rapprocher du protestantisme et donc transformer le culte, les sacrements, le catéchisme, etc.

La vraie opposition fondamentale est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Oportet illum regnare, nous dit saint Paul, Notre-Seigneur est venu pour régner. Eux disent non, et nous nous disons oui avec tous les papes [7].

Dans Fideliter de janvier/février 2015, M. l’abbé Toulza écrivait pertinemment :

La crise ne se résoudra pas par des personnes plus ou moins adéquates si elles ne renoncent à des principes inadéquats. La restauration de la vérité et du bien dans l’Église n’a pas commencé et ne pourra pas se faire sans remettre en cause les principes dont Benoît XVI et François se réclament l’un comme l’autre, quoique d’une façon indéniablement différente [8].

On peut relire aussi Mgr Lefebvre :

J’entends dire : « Vous exagérez ! Il y a de plus en plus de bons évêques qui prient, qui ont la foi, qui sont édifiants, etc. »

Seraient-ils des saints, dès lors qu’ils admettent la fausse liberté religieuse, donc l’État laïque ; le faux œcuménisme, donc l’admission de plusieurs voies de salut ; la réforme liturgique, donc la négation pratique du sacrifice de la messe ; les nouveaux catéchismes avec toutes leurs erreurs et hérésies, ils contribuent officiellement à la révolution de l’Église et à sa destruction [9].

Mgr Schneider a déjà été reçu au printemps 2014 au séminaire de Zaiztkofen par son directeur M. l’abbé Schmidberger. Il y a fait une conférence aux séminaristes.

Deux réunions ont été programmées dans le cadre des rencontres demandées par Rome en septembre dernier : l’une au Séminaire Saint-Curé d’Ars de Flavigny (France), qui a eu lieu le jeudi 15 janvier 2015, et au cours de laquelle Mgr Schneider a fait également une conférence aux séminaristes. La prochaine se tiendra au Séminaire Saint-Thomas d’Aquin de Winona (Etats-Unis). Étonnamment, aucune visite à Écône n’est annoncée.

Mgr Schneider, évêque relativement jeune, qui fréquente les milieux ralliés, s’oppose à la communion dans la main, qui ne mâche pas ses mots sur le dernier synode, et aime les fastes de la liturgie traditionnelle… mais est imbu de « l’étrange théologie » de Benoît XVI dont il est le « meilleur élève » – ce prélat semble bien apte à séduire plus d’un séminariste.

 

Aux Philippines : une autre rencontre

Visites d'un prélat aux Philippines

Selon le communiqué officiel du 25 novembre de la conférence épiscopale des Philippines (CBCP), qui publiait la photographie ci-dessus, le père Carlos Reyes, secrétaire de la Commission Épiscopale pour le dialogue interreligieux, s’est rendu le 18 novembre au prieuré de Manille pour y rencontrer M. l’abbé Nély, second Assistant de Mgr Fellay, et les prêtres du prieuré. Le but indiqué était :

Développer les liens cordiaux avec ce groupe, dans la même ligne que la rencontre de septembre au Vatican : atteindre une pleine communion avec l’Église. Quelques solutions canoniques ont été soulevées.

 

[1] — Walter Brandmüller, Le chiavi di Benedetto XVI per interpretare il Vaticano II, Sienne, Cantagalli, 2012.

[2] — Mgr Athanasius Schneider, Entretien au journal Présent du 10 janvier 2015, publié sans aucune réserve par le site La Porte Latine.

[3] — Mgr Marcel Lefebvre, Conférence spirituelle du 17 mars 1986 à Écône ; reproduite en partie dans le CD n° 2 : La Sainte Église, Homélies et allocutions de Mgr Lefebvre, diffusé par le même séminaire.

[4] — Mgr Athanasius Schneider, Entretien du 30 mai 2014 avec la Latin Mass Society, publié par la Porte Latine, toujours sans aucun jugement critique pour former les fidèles, et donc prenant le risque de les tromper.

[5] — Athanasius Schneider, Corpus Christi, La communion dans la main au cœur de la crise dans l’Église, Éditions Contretemps, 2014. Préface du cardinal Burke.

[6] La Lettre de Paix Liturgique n° 249, du 24 septembre 2010.

[7] — Mgr Lefebvre, L’Église infiltrée par le modernisme, Éditions Fideliter 1993, p. 70.

[8] — M. l’abbé Philippe Toulza, « La Tradition, l’Église, le monde », Fideliter 223, janvier/février 2015, p. 70. Il faut étudier ici ou réétudier l’étude magistrale de Mgr Tissier de Mallerais, L’étrange théologie de Benoît XVI (Avrillé, Éditions du Sel, 2012).

[9] — Mgr Lefebvre, Itinéraire Spirituel, Prologue.