LA MESSE
Introït : « Cieux, versez votre rosée et que les nues fassent pleuvoir le juste. Que la terre s’ouvre et germe le Sauveur. – Et que la justice naisse avec lui : c’est moi, le Seigneur, qui l’ai créé ! »
La rosée du ciel, cette pluie bienfaisante des nues, ce germe qui s’élève de la terre, c’est le Fils de Dieu fait homme. Il descend du ciel, mais la terre doit le recevoir et par la terre, il prend la vie humaine. Cette terre bénie est le sein de la bienheureuse Vierge Marie. C’est en elle que la rosée d’en haut se répand. Jésus est à la fois du ciel et de la terre : du ciel comme seconde Personne de la Sainte Trinité, Fils de Dieu ; de la terre comme homme, fils de la Sainte Vierge. C’est bien le Médiateur : par le ciel il peut nous donner Dieu, par la terre nous faire remonter à Dieu.
Oraison : « Dieu, qui avez voulu qu’à la parole de I’ Ange votre Verbe prît chair dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie, accordez à nos humbles supplications que nous qui croyons qu’elle est vraiment la Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. »
Notre acte de foi est absolu. Nous croyons et nous confessons que la Sainte Vierge est vraiment la Mère de Dieu. Et nous croyons et nous confessons que Marie, en devenant la Mère de Dieu, est demeurée Vierge. Sa maternité est divine et ne touche en rien sa virginité. Telle est la foi de l’Église, la vérité pour Marie et pour Jésus. Vérité prophétisée de longue date par Isaïe.
Lecture du prophète Isaïe, c. 7 : « En ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz et lui dit : Demande un signe au Seigneur, ton Dieu, soit dans les profondeurs de l’abîme, soit dans les hauteurs du ciel. Achaz répondit : je ne demanderai rien, je ne veux pas tenter le Seigneur. Et (Isaïe) reprit : Écoutez donc, Maison de David, Il vous est peu sans doute de lasser la patience des hommes, pour que vous lassiez aussi celle de Dieu. Aussi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. La Vierge concevra et enfantera un Fils dont le nom sera Emmanuel. Il mangera le beurre et le miel jusqu’à l’âge où il pourra discerner le mal du bien. »
En cette prophétie, Isaïe annonce qu’un jour viendra où une vierge, la Vierge par excellence, concevra, en restant vierge, un fils et lui donnera le jour en demeurant toujours
vierge. Ce Fils sera par essence l’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Mais tout en étant Dieu avec nous, il sera homme comme nous et, comme les enfants, il croîtra en âge, mangera du beurre et du miel et paraîtra comme tout le monde, au-dehors, grandir de corps et de raison, vrai homme comme les autres hommes. Ainsi fut Jésus enfant, Jésus adolescent, Jésus ouvrier. Au dehors, il était ce que sont les hommes. Vérité de Dieu, vérité d’homme. En ce jour de I’ Annonciation, la prophétie d’lsaïe s’accomplit. Le signe de Dieu est apparu.
Graduel : « Princes, ouvrez les portes, portes éternelles, ouvrez-vous, et le Roi de gloire fera son entrée. – Qui peut gravir la montagne du Seigneur ? Qui peut se tenir debout dans son temple ? Celui qui a les mains et le cœur purs. »
Déjà, on chante le retour du roi de gloire, du Roi qui descendu a pris chair et maintenant ramène cette chair dans le ciel bienheureux. Lui seul, par ses propres forces, peut monter au sommet de la montagne de Dieu, lui seul peut y fixer sa demeure, car seul il est le Pur, il est le Saint. Ses frères le suivront, qui par lui auront aussi les mains et le cœur purs.
Trait : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. – Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de votre sein est béni. – L’Esprit-Saint descendra en vous et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre. – C’est pourquoi, le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. »
Au Temps Pascal : « Alléluia, alléluia, le tronc de Jessé a fleuri, la Vierge a enfanté un Dieu-Homme. Dieu a fait la paix, il a réconcilié en sa personne la bassesse et la grandeur. Alléluia. »
L’Incarnation fait cette œuvre merveilleuse. Jésus prend ce qu’il y a de plus bas, notre chair misérable, et lui donne le baiser de paix. Désormais, l’union est rétablie en lui et par lui entre Dieu et l’homme. Et cette union est si parfaite que le Fils de Dieu et la nature humaine ne font en Jésus qu’une seule personne. Quand Jésus parle, agit, il parle et agit en Dieu et en homme. Ses paroles sont divines, ses actes divins. Ima summis ! Le plus bas ne fait qu’une personne avec le plus haut.
Évangile selon saint Luc, c. I, : « En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, dont le nom est Nazareth, à une vierge qui avait épousé un homme appelé Joseph, descendant de la famille de David, et le nom de la Vierge était Marie. L’ange entra auprès d’elle et dit : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. En l’entendant, elle fut troublée par ses paroles et elle pensait en elle-même ce que pouvait bien signifier ce salut. L’Ange lui dit : Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein, que vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé le Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. Mais Marie dit à l’Ange : Comment cette chose pourra-t-elle se réaliser, puisque je ne connais point d’homme ? Et l’Ange lui répondit, en disant : Le Saint-Esprit descendra en vous et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre, C’est pourquoi ce qui naîtra saint de vous, sera appelé Je Fils de Dieu. Et voilà que votre cousine Elisabeth a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse. Et celle que l’on appelait stérile est dans son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu. Marie lui dit : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. »
Cet évangile de I’ Annonciation nous révèle l’humble et auguste Vierge Marie, Mère de Dieu.
Qui pensait à cette jeune fille, pauvre, de Nazareth ? Le monde suivait son cours, les événements heureux ou malheureux se succédaient en Palestine, en Galilée, à Rome, dans le monde entier, sans que personne s’occupât de celle qui, de toute éternité, avait été choisie pour être la Mère de Dieu, du Sauveur du monde. A Nazareth même, où elle vivait, Marie ne se distinguait des autres jeunes filles que par sa vertu. Elle vivait à l’écart, silencieuse, pure. Mais quelqu’un la couvait du regard, le Père qui est dans les cieux. Cette Vierge, il l’avait comblée, à son insu, des plus hauts privilèges, il lui avait donné le plus haut de tous, en la préservant, elle seule, du péché originel. Et le Père la suivait, attendant l’heure décrétée par sa sagesse. Il faut que I’ Ange Gabriel descende, qu’il dise à Marie des choses si extraordinaires qu’elle se refuse d’abord à les comprendre. On lui dit qu’elle est pleine de grâce, que le Seigneur est avec elle, qu’elle est bénie entre toutes les femmes. Ce langage l’étonne, elle qui devant Dieu, devant tous, se faisait si petite. On voit ses beaux yeux effarés, son humilité troublée, elle se dit : Il se trompe ! Je ne suis qu’une pauvre jeune fille. Ce trouble est délicieux. Si grande, sans le savoir, si près de Dieu sans penser à s’en apercevoir. Et devant I’ Ange qui lui parle, Marie se baisse encore plus bas, afin que le Fils de Dieu ait encore à descendre Comme elle devait plaire ainsi à celui qui allait faire cette descente prodigieuse. Elle, elle n’était malgré tout qu’une créature et en s’anéantissant devant Dieu, elle se remettait et avec elle toute l’humanité, à sa vraie place devant son Créateur.
Vous serez comme des dieux, avait dit à Adam et Eve !’Esprit mauvais, Marie lui répond en ce jour et répond à l’humanité révoltée, en ne sachant même plus, tant elle descend, si elle est encore quelque chose. Il fallait ce mouvement infini d’abaissement pour que I’ Ange continuât son message. Le lieu était prêt. Il dit : Vous concevrez un fils, vous l’enfanterez et ce fils que vous appellerez Jésus, sera le Fils de Dieu et le vôtre.
Le grand mystère est dévoilé. Il n’éblouit pas Marie. On lui propose – car elle a bien compris – d’être la Mère du Messie, l’Espérance d’Israël. Mais Vierge elle est, Vierge elle veut demeurer Que Dieu veuille bien allier cette virginité à la maternité qu’il lui demande.
Qu’à cela ne tienne ! Le Tout-Puissant y a pensé. Ce Fils, le sien, sera uniquement le Fils de Dieu, sans père sur la terre. Alors, l’humble vierge s’incline, elle dit simplement : je suis la servante du Seigneur. A lui, le Maître de commander ; à moi, petite créature infime, d’obéir. Et cet acte d’humilité absolue attire en son sein le Fils de Dieu.
Comme la Vierge Marie est vraie ! Et comme elle condamne par cette vérité de son être devant Dieu, nos sottes vanités, notre orgueil miséreux. Nous nous redressons ! C’est la chose la plus pitoyable de l’humanité. Que nous ayons des faiblesses de chair, des passions d’âme, notre misère les explique, mais que, chétives créatures, nous nous persuadions que nous sommes quelque chose, que nous relevions la tête contre Dieu, c’est la pire des insanités. Apprenons à être humbles, en comprenant ce que nous sommes et ce qu’est Dieu. Apprenons-le de l’humble Vierge Marie, la petite servante du Seigneur, et cependant sa Mère.
Offertoire : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de votre sein est béni. »
Secrète : « Seigneur, affermissez en nos âmes les sacrements de la vraie foi, afin qu’après avoir confessé que véritablement un Dieu-Homme a été conçu par la Vierge, nous puissions parvenir par la puissance salutaire de sa Résurrection à la joie éternelle. »
Communion : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel. »
C’est son nom essentiel, le nom qui dit son Incarnation, cette union intime entre sa nature divine et la nature humaine en sa personne : Dieu avec nous, Dieu uni à nous. Ce
n’est plus le Dieu Très-Haut, le Dieu inaccessible, le Dieu qu’on ne peut voir sans mourir, non ! Notre Dieu à nous, notre Emmanuel, se fait tout petit, aussi petit que nous. Il prend la dernière place, tellement bas qu’on ne peut prendre plus bas.
Alors nous n’avons plus peur d’approcher de lui, de lui parler. Il est l’un de nous. Nous pouvons nous entretenir avec lui et si nous souffrons, nous souffrirons avec lui. Il a pris tout de nos misères, !’Emmanuel, sauf ce qui lui est essentiellement opposé, le péché. Gardons notre Emmanuel, fêtons-le de toutes nos forces, car c’est le don suprême de Dieu. Il ne peut pas donner plus que lui-même.
Postcommunion : « Seigneur, nous vous en prions, répandez votre grâce dans nos âmes, afin que nous, qui savons par l’annonce de I’ Ange l’Incarnation du Christ, votre Fils, nous arrivions par sa passion et sa croix à la gloire de la Résurrection. »
C’est pour cette gloire que !’Emmanuel est descendu. Il suivra le premier la voie douloureuse et avec lui, après lui, ceux qui croiront en lui, par cette même voie arriveront comme lui à la gloire éternelle. La voie c’est lui, !’Emmanuel, Mais ne craignons rien, si notre croix est lourde, la sienne fut plus pesante encore, et la nôtre, si nous le prions avec foi, il la portera de moitié et plus. Il en a l’habitude.