Vierge de l’Ordre dominicain
Messe : Gaudeamus
Oraison : « O Dieu, qui avez voulu éclairer de merveilleuses et éclatantes lumières l’âme de la bienheureuse vierge Sibylline privée des yeux du corps, faites par son intercession qu’illuminés de la lumière d’en-haut, nous méprisions les biens de la terre et nous recherchions efficacement les biens éternels. »
Sibylline Biscossis naquit à Pavie de parents honorables et pieux. Dès l’enfance elle apparut si adonnée aux pratiques religieuses, qu’elle n’omit jamais de réciter les prières dont elle s’était fixé la récitation quotidienne. A douze ans elle perdit la vue, et par cette épreuve même, permise par Dieu, elle apprit à s’appliquer plus intensément à la pratique de toutes les vertus. En effet, recueillie par les Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, elle adopta leur habit et leur règle. Ces tertiaires l’instruisirent avec beaucoup de soin sur la manière de faire oraison et d’y persévérer ; elles lui enseignèrent aussi le moyen de garder purs son cœur et sa conscience. Ensuite, dans son désir d’une vie plus austère, Sibylline se réfugia dans une retraite cachée où elle demeura le reste de ses jours.
Dans cette réclusion, comme la colombe au creux de la muraille (Cf. Cantique 2, 14.), Sibylline méditait la Passion de Jésus-Christ. Elle y compatissait à l’extrême, et alors son âme était inondée des sentiments de la plus douce dévotion. Dans son désir de devenir conforme à son Époux souffrant, elle affligea son corps par toutes les rigueurs de la pénitence. En effet, elle se nourrissait du pain le plus dur ; elle se flagellait chaque jour si violemment, que son sang coulait jusqu’à terre ; les larmes, de jour et de nuit, étaient sa nourriture (Cf. Psaume 41, 4.). Et, quand ses membres étaient fatigués par les veilles, les oraisons et les prostrations, elle les reposait par un sommeil très bref pris sur la planche. Lui arrivait-il de parler, sa conversation, pour ne pas passer le temps en vain, ramenait toujours aux célestes réalités. Il en résultait que les personnes venues pour la consulter s’en retournaient spirituellement réconfortées et devenues meilleures.
Quoique totalement illettrée, la bienheureuse Sibylline se montrait merveilleusement instruite des choses divines, et en matière mystique elle s’exprimait avec tant de facilité et avec une telle propriété de termes, qu’elle paraissait très versée dans les Soliloques de saint Augustin et les Méditations de saint Bernard. Elle était très soucieuse du salut du prochain. Elle fit venir près d’elle plusieurs personnes qui couraient misérablement à leur perte, les arracha à leurs vices et les amena à faire pénitence, en mettant sous leurs yeux soit la miséricorde de Dieu, soit sa justice. Enfin, comblée de jours et de mérites, octogénaire, elle s’envola au ciel en l’an 1367. Son corps ayant été transporté à l’église des Prêcheurs, le peuple s’y porta en foule, car le Christ, son céleste Époux manifestait par des miracles la sainteté de Sibylline. Aussi commença-t-on à lui rendre les honneurs d’un culte public, et les fidèles ont continué à les lui rendre avec persévérance à Pavie et ailleurs jusqu’à nos jours. Ces faits ayant été dûment examinés, le Souverain Pontife Pie IX, sur avis de la sacrée Congrégation des Rites, approuva ce culte le 17 août 1854 et permit que, dans l’Ordre entier des Prêcheurs, la fête de la bienheureuse Sibylline fût célébrée avec office et messe.